Au repas de famille, la grand-mère a tranché dès le dessert : ventre pointu, ce sera un garçon. La tante a sorti une alliance suspendue à un fil, qui s’est mise à tourner en rond au-dessus du ventre, signe d’une fille selon elle. Et la cousine a consulté le calendrier chinois sur son téléphone : garçon. Deux voix contre une, l’affaire semble entendue.
Ces pronostics accompagnent les grossesses depuis des générations. Aucun n’a de valeur scientifique, et c’est ce qui fait leur charme : ils se jouent à plusieurs, ils font parler, et personne n’a vraiment perdu quand la nature donne tort à la majorité.
Les grands classiques des pronostics de famille
Chaque famille a ses méthodes, mais certaines reviennent d’une région à l’autre, avec des variantes :
- le ventre pointu et porté en avant pour un garçon, rond et large pour une fille ;
- le pendule, alliance ou aiguille au bout d’un fil : un va-et-vient pour un garçon, un cercle pour une fille, ou l’inverse selon les familles ;
- les envies, le salé pour un garçon, le sucré pour une fille ;
- la mine de la future mère : une fille lui « volerait sa beauté », un garçon la rendrait radieuse.
Que ces croyances se contredisent d’une famille à l’autre suffit à dire ce qu’elles valent. Elles ont pourtant une vertu : elles occupent les mois d’attente et donnent à chacun un petit rôle dans l’histoire qui se prépare.
D’autres méthodes circulent sur les forums de futurs parents, comme la méthode dite maya, qui joue sur la parité de l’âge de la mère et de l’année de conception. Le principe change, la fiabilité reste la même : celle d’un pile ou face.
Le calendrier chinois, un tableau plus qu’un oracle
Le calendrier chinois a l’allure plus sérieuse d’un tableau à double entrée. En ligne, l’âge lunaire de la mère au moment de la conception ; en colonne, le mois lunaire de la conception. À l’intersection, une case indique fille ou garçon. La légende le dit retrouvé dans une tombe impériale près de Pékin ; aucune source historique solide ne l’atteste, et ce mystère fait sans doute une partie de son succès.
Son maniement demande un peu de calcul. L’âge lunaire n’est pas l’âge civil : dans la tradition chinoise, on a un an à la naissance et l’on prend une année à chaque Nouvel An lunaire, si bien que l’âge lunaire dépasse l’âge réel d’un an, parfois de deux. Le mois de conception doit lui aussi être converti dans le calendrier lunaire. C’est à cette étape que deux personnes obtiennent parfois deux réponses opposées pour la même grossesse.
Le plus simple reste un outil qui fait la conversion à votre place. Ce calendrier chinois de grossesse demande la date de naissance de la mère et la date de conception, ou celle des dernières règles si la conception n’est pas connue, puis affiche le tableau complet pour vérifier la case soi-même. Il rappelle aussi, et c’est honnête, ce que vaut la prédiction.
Ce que disent les chiffres
Des chercheurs suédois ont confronté le tableau à près de trois millions de naissances enregistrées dans leur pays. Il tombe juste dans la moitié des cas environ, exactement comme une pièce lancée en l’air. Les taux de réussite spectaculaires qu’on lit parfois ne résistent pas à ce genre de vérification.
Ce n’est pas une raison pour bouder le jeu. C’en est une pour ne rien décider sur sa base : ni le prénom, ni les achats, ni la couleur des murs. Le sexe de l’enfant se découvre le plus souvent lors de l’échographie du deuxième trimestre, pour les parents qui souhaitent le connaître ; d’autres préfèrent garder la surprise jusqu’au jour J, et c’est un choix tout aussi respectable.
Préparer la chambre sans attendre le verdict
Côté décoration, rien n’oblige d’ailleurs à attendre la réponse. Les chambres de bébé les plus réussies se passent très bien du duo bleu-rose. Une base de murs clairs, blanc cassé, beige sable, vert sauge très pâle ou terracotta adouci, laisse toutes les options ouvertes. Le bois naturel, le lin et le rotin traversent les années, quand une frise de petites voitures ou de princesses sera à refaire bien avant l’entrée à l’école.
La touche plus personnelle peut venir à la fin, avec des éléments faciles à changer : linge de lit, coussins, affiches, mobile. Ce sont aussi ceux qu’on reçoit le plus souvent en cadeau à la naissance, ce qui évite de les acheter en double. Même logique pour la première garde-robe : écru, gris chiné, moutarde ou vert d’eau habillent un nouveau-né sans rien présumer, et passeront ensuite au cadet, quel qu’il soit.
Faire du pronostic un jeu qu’on rouvre après la naissance
Une idée qui plaît dans beaucoup de familles : organiser les paris pendant un repas, noter le pronostic de chacun (pendule, ventre, calendrier chinois ou simple intuition) sur une feuille glissée dans une enveloppe, et ne l’ouvrir qu’une fois le bébé arrivé. Le jour où l’on décachète, plus personne ne se souvient de qui avait parié quoi, mais tout le monde se souvient du repas. Les plus joueurs ajoutent le poids, la date et l’heure de naissance, ce qui laisse une chance de gagner à ceux qui se sont trompés sur l’essentiel.
Et si la grand-mère et le calendrier tombent d’accord, gardez tout de même le ticket de caisse de la gigoteuse brodée au prénom : une chance sur deux d’avoir raison, c’est aussi une chance sur deux de devoir l’échanger.
